Vincent Lamouroux
Terrains vagues et bétons mouvants
Contrairement à la plus grande partie des terrains de jeux (que ce soient ceux de balles et de ballons, ceux de courses ou de jets), les différents espaces fabriqués pour le skateboard ne sont jamais abstraits. La majorité des skateparks actuels, avec leurs mélanges de courbes, de plans inclinés et de parallélépipèdes, synthétisent l’espace d’origine du skateboard, la mer, et son lieu de naissance, la ville moderne. Laissons de côté l’orthogonalité des blocs de bétons pour revenir à l’origine : la vague. Les surfeurs californiens ont été les premiers à voir le potentiel des planches à roulettes bricolées par les enfants qui ne pouvaient pas s’offrir le luxe des trottinettes. Une phrase revient dans tous les textes sur l’histoire du skateboard : « l’alternative à une journée sans vague». Les surfeurs ont alors recherché des étendues bétonnées ou goudronnées, se rapprochant de la forme des vagues. Disons, pour faire court, que le terrain de substitution idéal était la piscine californienne, avec ses jeux de courbes et sa forme de cacahouète. Pour retrouver la sensation de l’eau, il fallait trouver un espace prévu pour l’eau mais déserté, desséché. Quelques années passent, le nombre des skateurs augmente, tout comme le nombre des effractions dans les quartiers résidentiels de Los Angeles où se trouvent les fameuses piscines. Des entrepreneurs malins font alors construire les premiers skateparks, tout en béton ; des portions d’océan pétrifié, comme «Paved Wave» à Cocoa (1976, Floride), «Concrete Wave» à Anaheim (1977, Californie) ou «Solid Surf» à Fort Laderdale (1977, Floride). Ces skateparks compilaient les principaux terrains qu’affectionnaient les surfeurs-skateurs : les piscines, mais aussi les tubes de béton géant perdus dans le désert dans l’attente d’une nouvelle canalisation, ou encore les «drainage ditches», ces immenses fossés d’évacuation des eaux. Tous détruits dès le début des années 80, ces espaces de mise en mouvement singeaient et fixaient le mouvement des vagues en ayant recours à quelques-unes des matières et des formes les plus ordinaires de l’urbanité.
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